Aussitôt, une obscurité pesante, consistante, vivante m'enveloppa. Un rugissement infernal se déclencha soudain - je compris qu'il provenait de la machine. J'étais pris au piège, sans nourriture ni eau, sans air frais ni lumière.
Que faire ? Appeler ? Personne ne m'entendrait, le moteur couvrirait ma voix... Et puis j'osais à peine bouger. Le vacarme assourdissant blessait mes oreilles sensibles et me martelait cruellement la tête. La désagréable odeur de pétrole qui m'avait repoussé en entrant me donnait la nausée. Je finis par appeler, quoi qu'en dît mon bon sens, griffant les parois, fouettant l'air vicié de ma queue, tantôt gémissant, tantôt hurlant de toutes mes forces, au risque de me briser les cordes vocales... rien n'y fit. Alors je m'allongeai, épuisé, attendant le sommeil ou la mort.
Après un temps indéterminé, la faim et la soif m'assaillirent, de plus en plus pressants. Ma gorge brûlait, ma langue était soudée à mon palais et mon estomac se tordait douloureusement. Mais qu'y faire ? Incapable de supporter plus longtemps ce supplice je m'approchai de la masse sombre que mes yeux habitués à l'obscurité distinguaient confusément. C'est alors que je sentis de la graisse de machine. J'y goûtais pour la vomir aussitôt : elle avait un goût rance de rouille et de fer. Oui, mais j'avais si faim... Surmontant ma répugnance, je l'avalai.
Durant des jours et des jours, je dus me nourrir de cette graisse infâme, malgré mon dégoût et ma gorge parcheminée, respirant à peine, faiblissant d'heure en heure, de plus en plus malade. Puis, je me mis à délirer.
Non loin de moi, on avait posé une appétissante assiettée de viande et un bol d'eau fraîche. Je voulus manger, je voulus boire : je ne léchai que le sol poussiéreux. Ce qui me fit éternuer violemment et accentua ma soif.
Le temps passait. Combien d'heures, de jours, de semaines s'était-il écoulé ? Rêvais-je ? Ne rêvais-je pas ? J'avais soif. La provision de graisse de machine s'épuisait. Je crus entendre un grattement. Un rat ! Je bondis mais, hélas, mes griffes fendirent l'air sans rien saisir.
J'avais soif. Mon odorat me jouait des tours lui aussi. Je croyais sentir des fumets délicieux. Si je n'avais pas eu si soif, j'en eusse eu l'eau à la bouche.
Les secondes tombaient lentement, lourdement autour de moi, avec une telle désinvolture qu'elles semblaient me narguer. J'avais soif.
Soudain, le tangage cessa, le silence se fit. Enfin, la porte s'ouvrit. Sans attendre, rassemblant mes maigres forces, je me précipitai à l'extérieur, ronronnant de bonheur et de soulagement. Hélas ! Cette précipitation me perdit. La lumière du jour m'éblouit soudain, une douleur intense me vrilla les yeux et le crâne... Il n'est pas recommandé de passer de l'obscurité profonde à une vive lumière : j'étais aveugle.
Mais quel est ce bruit ? Quelqu'un s'approche de moi, je le sens. Quelqu'un respire devant moi et me regarde. Méfiant, je me rencogne contre le mur. Qui est-ce ? Ami ou ennemi ?
"Pauvre chat ! Si maigre, et aveugle encore ! N'aie pas peur, je ne te veux aucun mal. Laisse-moi te prendre dans mes bras."
Alors, je suis soulevé, caressé. On m'emmène. Une porte s'ouvre, se ferme et je suis posé sur quelque chose de doux et de moelleux. Un fauteuil ! Un siège confortable et douillet, enfin ! On me donne à manger, à boire ! Plus jamais je ne devrai fouiller les poubelles pour me nourri. Plus jamais il ne me faudra boire d'eau de pluie dans les gouttières. Mon bienfaiteur me brosse, puis me prend sur ses genoux. Heureux, je ronronne.
A présent, qu'importent ma cécité et le passé ? Désormais, je suis heureux. Mes sens sont suffisamment aiguisés pour que je ne regrette pas ma vue. Enfin... pas trop.
Nouvelles et romans
vendredi 2 décembre 2011
lundi 28 novembre 2011
La Prison du Chat (1)
Nouvelle rédigée en 1999, d'après un fait divers assez ancien.
Il n'en a pas toujours été ainsi, pourtant.
Autrefois, j'avais un foyer. J'étais bien nourri, bien traité, heureux. Lorsqu'il pleuvait, je restais à l'abri et j'écoutais les gouttes d'eau crépiter sur les vitres en contemplant la rue grise et morne d'un œil serein. Aujourd'hui, par mauvais temps, je dois bon gré mal gré continuer à errer en quête de ma pitance, trempé jusqu'aux os, le poil hérissé.
Auparavant, je n'étais jamais importuné par mes congénères. Je me contentais de les narguer, à l'abri derrière la fenêtre close, considérant avec mépris leurs regards envieux et leurs feulements pathétiques. Depuis la mort de ma maîtresse, je dois les affronter tous les jours pour conserver mon territoire.
Malgré tout, je n'étais pas malheureux, dans la rue. Une fois mon autorité établie, les autres matous finirent par éviter mon territoire. Nous ne nous battions plus qu'à l'époque des amours. Les hommes et leurs enfants m'évitaient - peut-être respectaient-ils mon ascendance aristocratique, moi qui étais un chat des forêts norvégiennes pure race ; oui, malgré mon pelage emmêlés, mon oreille déchirée et la balafre qui me barrait l'œil droit, je me tenais si fièrement et avec tant de dignité qu'ils ne pouvaient qu'être intimidés par ma royale prestance. Les autres, eux, n'étaient que des rustres à la démarche grossière. Forcément.
Oui, j'avais encore la belle vie, avant l'incident... Car aujourd'hui, à cause d'Elle, je suis incapable de me débrouiller seul. A cause d'Elle, je suis dans les ténèbres, obligé de ne plus me fier qu'à mon ouïe, à mon odorat et à mes vibrisses. Et ils sont beau être extrêmement sensibles, je ne regrette pas moins ma précieuse vision... pourtant, ce n'est pas ce que j'ai perdu de plus précieux.
Pourquoi donc suis-je passé un jour par les quais ? Pourquoi me suis-je arrêté devant une de ces montagnes flottantes que les hommes appellent des bateaux ? En contemplant cette chose hideuse, je m'étais souvenu qu'un ami de ma maîtresse avait voyagé sur un de ces navires, autrefois. Alors, Elle m'avait chuchoté : "Pourquoi ne pas monter à bord ? Tu en apprendras plus sur les êtres humains, de cette façon... Allez, saisis ta chance, grimpe !"
Maudite curiosité ! Je t'ai stupidement obéi et je l'ai bien regretté. Pourtant, tous mes sens se révoltaient, me criaient que j'étais en danger. C'est vrai, quoi : un chat n'a rien à faire sur un paquebot ! J'aurais dû écouter mon instinct et redescendre aussitôt. A la place, je m'enfonçai toujours plus profondément dans les entrailles du monstre. Bientôt, j'entrai dans une vaste salle où se trouvait une énorme machine. L'odeur qu'elle dégageait était atroce. Je voulus sortir. C'est à ce moment que la porte claqua sinistrement.
vendredi 25 novembre 2011
Eux (2)
... Un mouvement imperceptible à la périphérie de son champ de vision attira son attention. Elle sourit, et se plongea dans sa contemplation discrète, tout en feignant de lire ses magazines.
Ce jour-là, ses "hallucinations" étaient plus visibles que d'ordinaire : on commençait à lui faire un peu confiance, semblait-il ! Et c'était tant mieux. En fait, on lui faisait même énormément confiance, tout à coup... car sans que la vénérable femme eût pu se douter de ce qui allait arriver, l'un de ses compagnons impalpables s'interposa entre la page de magazine et ses yeux.
Madame Thana se figea. Elle écarquilla les paupières. Elle laissa échapper un "Oh !" incrédule, et laissa glisser à terre sa revue, oublieuse de tout, sauf de la minuscule créature qu'elle voyait devant elle.
"Qui êtes-vous ?" souffla-t-elle, émerveillée.
La lumière blanche qui émanait de cet être aux contours flous l'empêchait de bien distinguer ses traits, mais elle était certaine que des ailes vibraient dans son dos, et que des yeux noirs la fixaient à travers l'aura lumineuse.
Elle n'obtint pas de réponse, mais les autres, qu'elle percevait encore du coin de l'oeil, vinrent à leur tour voleter face à elle. Fascinée, les paupières plissées à cause de leur éclat, elle ne se lassait pas de les admirer, et les remerciait muettement de l'honneur qu'ils lui faisaient. Et eux, ils la fixaient en retour, face à elle, toujours plus nombreux, silencieux, éblouissants.
Oui, éblouissants ! Toute cette lumière lui vrillait les pupilles, lui brûlait la rétine, mais elle l'acceptait sans peine, reconnaissante, car la douce chaleur qui émanait d'eux soulageait ses rhumatismes. La vieille dame tendit la main, mais ne rencontra que le vide ; ces créatures étaient impalpables, hélas ! Elle se résigna donc à juste les regarder, s'efforçant de ne pas fermer ses paupières fripées. Et plus le temps passait, plus ils étaient nombreux à la regarder ; ses iris bleu pâle disparaissaient dans les rayons blancs des êtres lumineux pas plus gros que des pois.
Trois coups frappés à la porte. "Entrez !" lança Madame Thana, sur un ton cordial qui surprit l'infirmière habituée à un accueil plus ronchon. La jeune femme obéit, et se dirigea vers le fauteuil d'où, recroquevillée dans son châle, sa patiente regardait par la fenêtre.
"Vous êtes bien aimable, aujourd'hui, Madame ! lança-t-elle en souriant. Allez-vous enfin accepter de prendre vos médicaments ?
- Oh, non ! lui répondit-on. Je n'en ai pas besoin."
En parlant, la vieille femme avait tourné la tête vers l'infirmière, un sourire tranquille aux lèvres, détendue comme elle ne l'avait jamais été depuis son arrivée dans cette maison de repos. Mais au lieu de s'en réjouir, l'aide soignante sursauta, recula silencieusement, s'écria : "Mais que vous est-il arrivé ?" Un rire heureux lui répondit. Jamais plus Madame Thana n'aurait à supporter la vue de ces hommes et femmes aseptisés, au visage d'automate.
L'obscurité bienfaisante que lui avaient offert ses amis lumineux avait remplacé le monde qui l'entourait : elle était devenue aveugle.
Ce jour-là, ses "hallucinations" étaient plus visibles que d'ordinaire : on commençait à lui faire un peu confiance, semblait-il ! Et c'était tant mieux. En fait, on lui faisait même énormément confiance, tout à coup... car sans que la vénérable femme eût pu se douter de ce qui allait arriver, l'un de ses compagnons impalpables s'interposa entre la page de magazine et ses yeux.
Madame Thana se figea. Elle écarquilla les paupières. Elle laissa échapper un "Oh !" incrédule, et laissa glisser à terre sa revue, oublieuse de tout, sauf de la minuscule créature qu'elle voyait devant elle.
"Qui êtes-vous ?" souffla-t-elle, émerveillée.
La lumière blanche qui émanait de cet être aux contours flous l'empêchait de bien distinguer ses traits, mais elle était certaine que des ailes vibraient dans son dos, et que des yeux noirs la fixaient à travers l'aura lumineuse.
Elle n'obtint pas de réponse, mais les autres, qu'elle percevait encore du coin de l'oeil, vinrent à leur tour voleter face à elle. Fascinée, les paupières plissées à cause de leur éclat, elle ne se lassait pas de les admirer, et les remerciait muettement de l'honneur qu'ils lui faisaient. Et eux, ils la fixaient en retour, face à elle, toujours plus nombreux, silencieux, éblouissants.
Oui, éblouissants ! Toute cette lumière lui vrillait les pupilles, lui brûlait la rétine, mais elle l'acceptait sans peine, reconnaissante, car la douce chaleur qui émanait d'eux soulageait ses rhumatismes. La vieille dame tendit la main, mais ne rencontra que le vide ; ces créatures étaient impalpables, hélas ! Elle se résigna donc à juste les regarder, s'efforçant de ne pas fermer ses paupières fripées. Et plus le temps passait, plus ils étaient nombreux à la regarder ; ses iris bleu pâle disparaissaient dans les rayons blancs des êtres lumineux pas plus gros que des pois.
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Trois coups frappés à la porte. "Entrez !" lança Madame Thana, sur un ton cordial qui surprit l'infirmière habituée à un accueil plus ronchon. La jeune femme obéit, et se dirigea vers le fauteuil d'où, recroquevillée dans son châle, sa patiente regardait par la fenêtre.
"Vous êtes bien aimable, aujourd'hui, Madame ! lança-t-elle en souriant. Allez-vous enfin accepter de prendre vos médicaments ?
- Oh, non ! lui répondit-on. Je n'en ai pas besoin."
En parlant, la vieille femme avait tourné la tête vers l'infirmière, un sourire tranquille aux lèvres, détendue comme elle ne l'avait jamais été depuis son arrivée dans cette maison de repos. Mais au lieu de s'en réjouir, l'aide soignante sursauta, recula silencieusement, s'écria : "Mais que vous est-il arrivé ?" Un rire heureux lui répondit. Jamais plus Madame Thana n'aurait à supporter la vue de ces hommes et femmes aseptisés, au visage d'automate.
L'obscurité bienfaisante que lui avaient offert ses amis lumineux avait remplacé le monde qui l'entourait : elle était devenue aveugle.
jeudi 24 novembre 2011
Eux (1)
Où se situe la frontière entre la folie et la raison ? Si quelqu'un voit des choses dont personne d'autre n'a conscience, est-il fou pour autant ?
Nouvelle écrite le 24 novembre 2010.
Ils étaient là. Elle le savait. Elle le sentait. Ils avaient beau nier, les autres, avec leurs visages d'automates aseptisés ; ces gens-là ne faisaient jamais attention à ce qu'il se passait autour d'eux, enfermés qu'ils étaient dans leur petite vie étriquée, dans leurs soucis, dans leur incrédulité. Mais elle, elle les voyait, contrairement à ses geôliers.
Oui, elle les voyait.
"Oh, je ne les vois pas avec les yeux, avait-elle tenté d'expliquer au chef des visages aseptisés. C'est juste... Du coin de l'oeil, une vision fugitive. Ils ne se laissent pas regarder en face, vous savez... Mais si je me concentre sur mon livre ou mes magazines, ils arrivent, et je peux les observer à la dérobée.
- Et à quoi ressemblent-ils ? avait demandé l'homme, l'air moqueur.
- Je sais ce que vous pensez, docteur, avait répondu dignement la vieille femme, mais vous vous trompez ! Je ne suis pas folle.
- Alors, arrêtez d'éluder mes questions, Madame Thana, et répondez ! A quoi ressemblent-ils ?
Mais la vieille femme était têtue, et refusait de se laisser faire.
- S'ils ne se laissent pas voir par vous, c'est qu'ils ne veulent pas que vous le sachiez !
- Soit ! avait soupiré le médecin – décidément, il n'avait jamais eu de patiente aussi folle que celle-là ! mais il lui fallait l'interroger jusqu'au bout, coûte que coûte, pour faire son diagnostic. Mais alors, dites-moi au moins pourquoi ils sont là ? que font-ils ? que veulent-ils ?
- Ils observent. Ils attendent.
- Quoi ? ils attendent quoi ?
Penché ainsi vers sa patiente, les mains crispées sur les accoudoirs, les narines frémissantes d'impatience contenue face aux réponses qu'elle lui donnait au compte-goutte, droite et digne, c'est le psychanalyste qui avait l'air d'un fou, et Madame Thana qui paraissait sensée... Conscient de cela, l'homme se redressa et tenta de ses détendre.
- Bah, fit sa patiente, méprisante. Cela ne vous regarde pas !"
La conversation s'était arrêtée là : pas moyen pour le médecin d'arracher un autre mot à Madame Thana. Et pour l'heure, en repensant à la rage impuissante des gens qui voulaient la "traiter pour son trouble hallucinatoire", elle souriait toute seule, les yeux brillants de malice. Oh non, elle n'était pas folle ! Mais elle préférait passer pour telle que dévoiler son secret. Quand bien même elle devrait l'enterrer avec elle.
Un mouvement imperceptible à la périphérie de son champ de vision attira son attention. Elle sourit, et se plongea dans sa contemplation discrète, tout en feignant de lire ses magazines. (à suivre)
Nouvelle écrite le 24 novembre 2010.
Ils étaient là. Elle le savait. Elle le sentait. Ils avaient beau nier, les autres, avec leurs visages d'automates aseptisés ; ces gens-là ne faisaient jamais attention à ce qu'il se passait autour d'eux, enfermés qu'ils étaient dans leur petite vie étriquée, dans leurs soucis, dans leur incrédulité. Mais elle, elle les voyait, contrairement à ses geôliers.
Oui, elle les voyait.
"Oh, je ne les vois pas avec les yeux, avait-elle tenté d'expliquer au chef des visages aseptisés. C'est juste... Du coin de l'oeil, une vision fugitive. Ils ne se laissent pas regarder en face, vous savez... Mais si je me concentre sur mon livre ou mes magazines, ils arrivent, et je peux les observer à la dérobée.
- Et à quoi ressemblent-ils ? avait demandé l'homme, l'air moqueur.
- Je sais ce que vous pensez, docteur, avait répondu dignement la vieille femme, mais vous vous trompez ! Je ne suis pas folle.
- Alors, arrêtez d'éluder mes questions, Madame Thana, et répondez ! A quoi ressemblent-ils ?
Mais la vieille femme était têtue, et refusait de se laisser faire.
- S'ils ne se laissent pas voir par vous, c'est qu'ils ne veulent pas que vous le sachiez !
- Soit ! avait soupiré le médecin – décidément, il n'avait jamais eu de patiente aussi folle que celle-là ! mais il lui fallait l'interroger jusqu'au bout, coûte que coûte, pour faire son diagnostic. Mais alors, dites-moi au moins pourquoi ils sont là ? que font-ils ? que veulent-ils ?
- Ils observent. Ils attendent.
- Quoi ? ils attendent quoi ?
Penché ainsi vers sa patiente, les mains crispées sur les accoudoirs, les narines frémissantes d'impatience contenue face aux réponses qu'elle lui donnait au compte-goutte, droite et digne, c'est le psychanalyste qui avait l'air d'un fou, et Madame Thana qui paraissait sensée... Conscient de cela, l'homme se redressa et tenta de ses détendre.
- Bah, fit sa patiente, méprisante. Cela ne vous regarde pas !"
La conversation s'était arrêtée là : pas moyen pour le médecin d'arracher un autre mot à Madame Thana. Et pour l'heure, en repensant à la rage impuissante des gens qui voulaient la "traiter pour son trouble hallucinatoire", elle souriait toute seule, les yeux brillants de malice. Oh non, elle n'était pas folle ! Mais elle préférait passer pour telle que dévoiler son secret. Quand bien même elle devrait l'enterrer avec elle.
Un mouvement imperceptible à la périphérie de son champ de vision attira son attention. Elle sourit, et se plongea dans sa contemplation discrète, tout en feignant de lire ses magazines. (à suivre)
mercredi 23 novembre 2011
La lettre au Père Noël
Nouvelle rédigée le 18/11/2010.
Chère Père Noël, J'et ai était bien sage cet année, et j'ai appris mais lesson, même si j'est du male avec l'orthographe. J'aispére que j'aurait comme même se que je voudré poure Noël. Aporttez-moi Aportez-moi le dvd colectore des simesonne sil vous plé, et fete que je soit meyeur en orthograf orthographe pour plu que Papa et Maman sois triste.
Bisous,
Valentin.
Les parents de Valentin se regardèrent en souriant, tout émus par la lettre bourrée d'erreurs de leur cher petit. Comment lui en vouloir, quand il faisait tout ce qu'il pouvait pour progresser ? Pauvre petit, ses efforts demeuraient vains...
"Nous devrions lui dire que Noël ne changera rien à ses problèmes, déclara le père, fermement. Autrement, il va être si malheureux le jour de Noël !
- Il ne nous croira pas, chéri. Son cerveau est ainsi fait qu'il ne nous croira pas.
- Il faut le lui dire quand même."
Ensemble, il se rendirent dans la chambre de Valentin. L'enfant était assis près de la fenêtre, les yeux grand ouverts sur les illuminations colorées de la ville en fête. Un chant de Noël plein de fraîcheur emplissait la pièce. En entendant la porte s'ouvrir, il tourna la tête et eut un sourire pâle à l'adresse de ses parents. Sa mère, comme toujours lorsqu'elle l'avait sous les yeux, sentit les larmes lui gonfler le coeur : le pauvre enfant était si amaigri, si faible ! Sa tête surtout faisait peur à voir : elle paraissait trop lourde pour son cou frêle, malgré les joues creuses, les cernes profondes, les pommettes saillantes.
L'enfant était malade, très malade : une tumeur au cerveau, dans la zone métalinguistique, l'empêchait de bien écrire, et suite à cette tumeur, une hydrocéphalie s'était déclarée. Aussi les lieux ressemblaient à une chambre d'hôpital.
"Valentin, mon petit..., commença-t-elle. Mais il lui était impossible de poursuivre, tant l'émotion la tenaillait. - Valentin, poursuivit son mari, nous avons lu ta lettre au Père Noël. C'est bien joli, ce que tu lui demandes, mais il ne pourra pas t'accorder la guérison, tu sais !
- Pas vrai ! Le Père Noïel... le... Le Père Noël peut tout offrir !
- Non, fiston. Pas tout. La guérison, c'est le docteur qui te l'apportera.
- Le Père Noël est plus fort que le docteur, Papa. Il me guérira avant !"
Ses prunelles trop grandes, dans ce petit visage ravagé par la chimiothérapie, brillaient d'une telle foi en ce qu'il disait que son père abandonna. Il adressa un sourire à son fils, attira à lui la tête chauve et embrassa le front pâle de Vincent. Sa mère lui envoya un baiser du bout des doigts, et ils sortirent en catimini.
Le soir du réveillon, en s'endormant, Vincent était confiant. Il savait que le Père Noël viendrait ! Le jovial barbu rouge lui apporterait son DVD, puis il le prendrait sur les genoux et lui demanderait s'il voulait caresser les rennes ; alors il accepterait, et le renne qui était en tête de l'attelage poserait son nez sur la tête de Vincent ; et Vincent serait guéri ! C'est la tête pleine de cette pensée qu'il sombra dans les rêves - des rêves d'espoir, de guérison, ou le rouge et le blanc envahissaient tout - le rouge chaleureux du réconfort et le blanc froid de la neige.
Le lendemain matin, quand sa mère entra dans la chambre pour le réveiller, elle comprit. Le silence était trop profond... Elle approcha, doucement, de son fils étendu sous les draps. Entre ses paupières mi-closes, et sur le léger sourire qui détendait ses traits enfin apaisés, elle pouvait lire : "Je te l'avais bien dit, maman ! Le Père Noël m'a guéri."
Chère Père Noël, J'
Les parents de Valentin se regardèrent en souriant, tout émus par la lettre bourrée d'erreurs de leur cher petit. Comment lui en vouloir, quand il faisait tout ce qu'il pouvait pour progresser ? Pauvre petit, ses efforts demeuraient vains...
"Nous devrions lui dire que Noël ne changera rien à ses problèmes, déclara le père, fermement. Autrement, il va être si malheureux le jour de Noël !
- Il ne nous croira pas, chéri. Son cerveau est ainsi fait qu'il ne nous croira pas.
- Il faut le lui dire quand même."
Ensemble, il se rendirent dans la chambre de Valentin. L'enfant était assis près de la fenêtre, les yeux grand ouverts sur les illuminations colorées de la ville en fête. Un chant de Noël plein de fraîcheur emplissait la pièce. En entendant la porte s'ouvrir, il tourna la tête et eut un sourire pâle à l'adresse de ses parents. Sa mère, comme toujours lorsqu'elle l'avait sous les yeux, sentit les larmes lui gonfler le coeur : le pauvre enfant était si amaigri, si faible ! Sa tête surtout faisait peur à voir : elle paraissait trop lourde pour son cou frêle, malgré les joues creuses, les cernes profondes, les pommettes saillantes.
L'enfant était malade, très malade : une tumeur au cerveau, dans la zone métalinguistique, l'empêchait de bien écrire, et suite à cette tumeur, une hydrocéphalie s'était déclarée. Aussi les lieux ressemblaient à une chambre d'hôpital.
"Valentin, mon petit..., commença-t-elle. Mais il lui était impossible de poursuivre, tant l'émotion la tenaillait. - Valentin, poursuivit son mari, nous avons lu ta lettre au Père Noël. C'est bien joli, ce que tu lui demandes, mais il ne pourra pas t'accorder la guérison, tu sais !
- Pas vrai ! Le Père Noïel... le... Le Père Noël peut tout offrir !
- Non, fiston. Pas tout. La guérison, c'est le docteur qui te l'apportera.
- Le Père Noël est plus fort que le docteur, Papa. Il me guérira avant !"
Ses prunelles trop grandes, dans ce petit visage ravagé par la chimiothérapie, brillaient d'une telle foi en ce qu'il disait que son père abandonna. Il adressa un sourire à son fils, attira à lui la tête chauve et embrassa le front pâle de Vincent. Sa mère lui envoya un baiser du bout des doigts, et ils sortirent en catimini.
Le soir du réveillon, en s'endormant, Vincent était confiant. Il savait que le Père Noël viendrait ! Le jovial barbu rouge lui apporterait son DVD, puis il le prendrait sur les genoux et lui demanderait s'il voulait caresser les rennes ; alors il accepterait, et le renne qui était en tête de l'attelage poserait son nez sur la tête de Vincent ; et Vincent serait guéri ! C'est la tête pleine de cette pensée qu'il sombra dans les rêves - des rêves d'espoir, de guérison, ou le rouge et le blanc envahissaient tout - le rouge chaleureux du réconfort et le blanc froid de la neige.
Le lendemain matin, quand sa mère entra dans la chambre pour le réveiller, elle comprit. Le silence était trop profond... Elle approcha, doucement, de son fils étendu sous les draps. Entre ses paupières mi-closes, et sur le léger sourire qui détendait ses traits enfin apaisés, elle pouvait lire : "Je te l'avais bien dit, maman ! Le Père Noël m'a guéri."
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