Pour le défi de la semaine d'Evy.
C'était elle... et en même temps, ce n'était pas elle ; c'était un masque, un artifice sans vie, une façade sophistiquée affichée pour plaire à ses parents qui voulaient qu'elle se montre digne d'eux devant le monde qu'ils fréquentaient ; car la jeune fille était à marier et "si elle se laissait aller à des débordements d'énergie et à des effusions ridicules, elle ne trouverait jamais un époux convenable". Tels étaient les paroles mêmes de sa mère. Alors, à regret, elle avait rangé sa bonne humeur naturelle, dissimulé son rayonnement solaire, réfréné son sens de la répartie et de l'humour pour enfiler le masque rigide et impersonnel de la bonne bourgeoise maniérée et respectant à la lettre les convenances.
La vie n'était pas simple en se temps-là pour les demoiselles, songeait-elle, les yeux planté dans ceux de l'inconnue qui avait pris la place de son reflet. A quoi avait servi la Révolution si la bourgeoisie avait repris à son compte les vices qu'elle reprochait à la noblesse ? Isabelle ne le comprendrait jamais, mais elle n'osait poser la question à quiconque. Elle l'avait fait, une fois : elle avait interrogé son père... Il s'était aussitôt fâché, et la jeune fille en avait déduit qu'il était incapable de répondre à cela. Encore que... Comment en être certaine dans un monde où tout le monde portait un masque ? C'était à se demander si un jour, les hommes montreraient leur vrai visage au lieu de se cacher derrière les convenances et les codes de la société. Isabelle en doutait... Mais qui sait ?
Son nom retentit au loin. Elle soupira. Allons, il était temps de descendre dans la salle de réception ; mais un jour, elle échapperait à tout cela, elle s'en faisait le serment.
De nouveau, on l'appela. Alors elle se détourna du miroir, non sans avoir pris soin de vérifier que son masque de jeune fille convenable de la haute société n'avait pas été altéré par ses amères réflexion.
Elle n'eut plus jamais le loisir de le retirer.
